La prise en compte de l’aspect genre dans les interventions des projets de développement : le cas du FODESA
Les mécanismes d’interventions des projets de développement ne facilitent pas toujours la prise en compte de l’aspect genre. Le FODESA explore ici son expérience.
Pays tropical aux ressources économiques limitées, le Mali se compose de plusieurs zones écologiques qui influent sur les pratiques productives et les conditions de vie des populations qui y vivent.
Celle qu’il est convenu aujourd’hui d’appeler « bande sahélienne », zone d’intervention du FODESA, se caractérise de plus en plus, et ce, depuis plusieurs décennies déjà, par une dégradation progressive des facteurs de production suite aux sécheresses successives enregistrées. Elle est en outre la zone de prédilection des principaux prédateurs, en particulier les criquets migrateurs et les sauterelles, grands dévastateurs de la végétation à tous les stades.
Sédentaires, nomades ou semi nomades, les populations de cette zone sont particulièrement pauvres, car vivant dans la précarité et la difficulté d’accès aux besoins essentiels nécessaires à la vie et dans la hantise permanente des déficits pluviométriques avec leurs effets pervers sur les récoltes et le cheptel.
C’est à l’intérieur de cet environnement physique difficile que le FODESA a décidé d’innover et de lutter contre l’exclusion en mettant ses appuis au service des communautés rurales appauvries par les effets combinés de l’homme sur la nature et des déficits pluviométriques récurrents.
Dans cet environnement physique plutôt difficile, la vulnérabilité des communautés rurales, des femmes, des enfants et des jeunes, du fait de leur statut dans l’ordonnancement du sociogramme communautaire et le système de production, devient encore plus pononcée.
La stratégie de ciblage de la première phase du FODESA qui reflétait ce tableau, comportait les exigences suivantes : le financement et l’exécution d’un seul projet par village et par an ; le projet exécuté devrait recueillir l’avis des autorités villageoises et, le village ne pouvait bénéficier d’un second projet que quand l’exploitation du premier était jugé satisfaisante. Ce dispositif d’intervention ne favorisait que les projets fédérateurs, c’est-à-dire ceux touchant un nombre important de membres de la communauté, contribuant ainsi à renforcer la cohésion autour des autorités villageoises. Les projets provenant de groupes sectoriels tels que les femmes et les jeunes avaient alors très peu de chance d’être financés dans un tel schéma à cause des priorités qui ne sont accordées qu’aux projets de masse.
C’est dans ce contexte que naquit la motivation du Programme, de trouver une réponse équilibrée et adaptée de prise en charge des besoins d’appui des couches sociales particulièrement vulnérables.
Equité dans l’accès aux services offerts par le Programme
La prise en charge de ce souci majeur du Programme a été rendue possible grâce à deux grandes opportunités : d’abord les modalités de mise en œuvre du Programme qui, grâce à leur souplesse et leur flexibilité, permettent des revues de stratégies lors des évaluations de fin de cycle et ensuite l’appui technique apporté par le FIDA à travers les formations en genre.
Le Programme, après sa première phase, a mis à profit ces opportunités pour définir et mettre en application des mesures incitatives favorables à la promotion de la participation et de l’accès des couches vulnérables aux activités et services qu’il offre. Ces mesures qui concernent principalement les jeunes et les femmes, portent sur une série de dispositions pratiques en deux points :
- La sélection prioritaire des villages à indice de vulnérabilité faible ;
- l’opportunité offerte aux villages requérants de soumettre jusqu’à trois demandes d’appui à la réalisation de micro-projets sous réserve que les 2/3 soient portées par des femmes ou des jeunes :
Les micro-projets portés par les femmes et les jeunes émergent
Entrées en vigueur depuis 2005, les mesures de promotion de l’équité genre dans le traitement des demandes de micro-projets ont permis de constater une nette progression des apports du Programme en faveur des groupes vulnérables (femmes et jeunes). A titre d’illustration, seuls 16,5 % des projets exécutés avant l’application de ces mesures étaient portés par des groupements de femmes ou de jeunes, contre 24,8 %, un an après leur application. La seule année 2005 comptabilise 35,7 % de projets réalisés en faveur des couches vulnérables.
Plusieurs bénéficiaires des concours du FODESA affirment que l’application de ces mesures, notamment celle qui permet de réaliser deux à trois projets dans un même village durant la même année lorsque les 2/3 sont portés par des jeunes ou des femmes, a été salutaire et contribue à multiplier les opportunités d’accès des diverses catégories sociales aux ressources du FODESA. Cette mesure, en donnant la chance aux villages d’amorcer un véritable développement associant toutes les couches de sa population, contribue à minimiser les frustrations et la pression des groupes dominants sur les plus faibles.
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